Pourquoi l’or ? le cas Russe…
En résumé : Face aux sanctions occidentales, la Russie a accumulé plus de 2 300 tonnes d’or — près de 20 % de ses réserves. L’or physique, impossible à geler ou confisquer quand il est stocké sur son territoire, est devenu l’arme financière de Moscou pour contourner le système dominé par le dollar. Le cas russe illustre le rôle stratégique de l’or comme outil de souveraineté dans un monde en mutation géopolitique.
Un rempart face aux sanctions internationales
La guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie en 2022, a été suivie d’un train de sanctions économiques sans précédent de la part des États-Unis, de l’Union européenne et de leurs alliés : gel d’actifs, exclusion du système SWIFT, embargo énergétique. Moscou a rapidement compris qu’elle devait renforcer son autonomie financière. Et c’est là que l’or est entré en scène.
Selon les dernières données disponibles, la Banque centrale de Russie détient aujourd’hui plus de 2 300 tonnes d’or, soit près de 20 % de ses réserves totales. Ce chiffre place la Russie parmi les cinq plus grands détenteurs mondiaux, aux côtés des États-Unis, de l’Allemagne, de l’Italie et de la France.
La leçon clé : contrairement aux devises étrangères — qui peuvent être bloquées, gelées ou confisquées d’un clic —, l’or physique stocké sur le territoire national échappe à toute sanction. C’est une richesse tangible, souveraine, qui permet au Kremlin de contourner le système monétaire dominé par le dollar. Quand les réserves en dollars et en euros de la Banque centrale russe ont été gelées en 2022 (environ 300 milliards de dollars immobilisés), ses 2 300 tonnes d’or sont restées intactes et utilisables.
Dédollarisation et Moscow World Standard
L’or n’est pas qu’un outil de réserve pour Moscou. Il est aussi devenu un levier diplomatique et stratégique. Face à l’hégémonie du London Bullion Market Association (LBMA) — qui contrôle la cotation et la certification de l’or au niveau mondial —, la Russie a proposé un système alternatif : le Moscow World Standard (MWS).
Ce mécanisme vise à créer une infrastructure de cotation et de négoce de l’or indépendante des institutions occidentales, davantage alignée sur les intérêts de la Russie et de ses partenaires au sein des BRICS. Le message est explicite : remettre en question la domination occidentale sur les marchés financiers et bâtir une forme de souveraineté monétaire adossée à l’or.
Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large de dédollarisation mondiale. La part du dollar dans les réserves des banques centrales est tombée à 57,8 % fin 2024, son plus bas niveau depuis 1994. L’or, de son côté, a dépassé l’euro pour devenir le deuxième actif de réserve mondial. La Russie n’est pas seule dans cette dynamique — elle est simplement l’exemple le plus radical.
L’or comme monnaie d’échange commerciale
Au-delà des réserves, la Russie utilise désormais l’or comme instrument de commerce international. Exclue des circuits bancaires traditionnels, Moscou règle une partie de ses échanges avec des pays partenaires — notamment en Afrique et au Moyen-Orient — en or physique. Des rapports font état de cargaisons d’or utilisées pour payer des importations de technologies, d’équipements militaires ou de biens de consommation.
Ce retour à l’or comme monnaie d’échange directe — une pratique que l’on croyait révolue — démontre la résilience du métal en situation de crise extrême. Même coupé du système financier mondial, un pays disposant d’or physique peut continuer à commercer. C’est exactement la propriété que les Polonais ont historiquement expérimentée, ou que les Français ont vécue pendant la Révolution : quand tout s’effondre, l’or reste la monnaie universelle.
Les leçons du cas russe pour les investisseurs particuliers
Le cas russe, aussi controversé soit-il sur le plan politique, offre des enseignements précieux sur la nature de l’or en tant qu’actif :
1. L’or est le seul actif sans risque de contrepartie. Des obligations d’État peuvent faire défaut. Des dépôts bancaires peuvent être gelés. Des devises peuvent être dévaluées. L’or physique détenu en propre ne dépend d’aucune institution, d’aucun gouvernement, d’aucun système informatique. C’est cette propriété fondamentale que Bâle III reconnaît en le classant actif Tier 1.
2. La diversification géographique a ses limites — l’or les transcende. Quand les sanctions frappent, les actifs libellés en devises étrangères deviennent vulnérables. L’or, stocké physiquement, échappe à cette logique. C’est ce qui explique que des pays aussi différents que la Russie, la Pologne, la Chine et l’Inde convergent tous vers la même stratégie : accumuler du métal.
3. La tendance est structurelle, pas conjoncturelle. Les achats d’or des banques centrales dépassent 1 000 tonnes par an depuis trois ans — un rythme historique. Tant que les tensions géopolitiques persistent et que la confiance dans le système dollar s’érode, cette demande institutionnelle continuera de soutenir le prix de l’or.
Pour un investisseur français, il ne s’agit évidemment pas de reproduire la stratégie de la Russie. Mais le principe sous-jacent est universel : détenir une part de son patrimoine en or physique — que ce soit un Napoléon 20 Francs, une once d’or ou un lingot — c’est se doter d’un actif qui fonctionne quand plus rien d’autre ne fonctionne.
Ce qu’il faut retenir
- La Russie détient plus de 2 300 tonnes d’or (~20 % de ses réserves) — intactes malgré les sanctions
- 300 milliards $ de réserves en devises gelées, mais l’or physique est resté hors d’atteinte
- Moscou a proposé le Moscow World Standard (MWS) comme alternative au système LBMA occidental
- L’or est utilisé comme monnaie d’échange commerciale directe avec des pays partenaires
- Le cas russe confirme que l’or est le seul actif véritablement souverain — sans risque de contrepartie ni de confiscation
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Questions fréquentes
Pourquoi l’or de la Russie n’a-t-il pas été saisi par les sanctions ?
Contrairement aux réserves en devises (dollars, euros) détenues dans des banques étrangères et donc saisissables, l’or physique de la Russie est stocké sur son propre territoire, dans les coffres de la Banque centrale à Moscou. L’or physique détenu en propre ne dépend d’aucune institution tierce — c’est ce qui le rend insaisissable. C’est d’ailleurs cette absence de risque de contrepartie que les réformes de Bâle III reconnaissent en classant l’or en actif Tier 1.
Qu’est-ce que le Moscow World Standard ?
Le Moscow World Standard (MWS) est un système alternatif de cotation et de certification de l’or proposé par la Russie pour contourner le London Bullion Market Association (LBMA), qui domine actuellement les marchés mondiaux de l’or. Ce projet vise à créer une infrastructure indépendante des institutions occidentales, notamment pour les pays BRICS souhaitant commercer en or sans passer par les circuits financiers contrôlés par l’Occident.
Un particulier peut-il protéger son épargne comme une banque centrale protège ses réserves ?
Le principe est le même à une autre échelle : détenir de l’or physique (pièces ou lingots) en propre, c’est posséder un actif sans risque de contrepartie, qui ne dépend d’aucune banque, d’aucun gouvernement et d’aucun système informatique. Pour optimiser chaque achat, comparer les prix entre boutiques est essentiel car les primes varient significativement d’un vendeur à l’autre.
