Fiscalité de l’or et de l’argent en France : taxe forfaitaire, plus-value, TVA
Mis à jour en octobre 2026
En France, investir dans l’or et l’argent physique obéit à des règles fiscales spécifiques — et souvent méconnues. Selon que vous achetez ou que vous revendez, selon que vous possédez un lingot d’or ou des pièces d’argent, et selon que vous pouvez ou non prouver votre prix d’achat, l’impôt varie considérablement.
Cet article fait le point complet sur les trois piliers de la fiscalité des métaux précieux : la TVA à l’achat, la taxe forfaitaire sur les métaux précieux (TMP) à la revente, et le régime des plus-values réelles. Objectif : vous permettre de faire les bons choix dès l’achat et d’optimiser légalement votre imposition à la revente.
1. Fiscalité à l’achat : TVA sur l’or et l’argent
L’or d’investissement : exonéré de TVA
C’est l’un des grands avantages de l’or physique en France : l’achat d’or d’investissement est totalement exonéré de TVA. Cette exonération est prévue par l’article 298 sexdecies A du Code général des impôts (CGI) et concerne deux catégories de produits :
- Les barres, lingots et plaquettes d’or dont le poids est supérieur à 1 gramme et dont la pureté est égale ou supérieure à 995 millièmes (99,5 %). Cela inclut la quasi-totalité des lingots et lingotins proposés par les marchands comparés sur Rankor.
- Les pièces d’or, qui doivent remplir trois conditions cumulatives : une pureté d’au moins 900 millièmes ; avoir été frappées après 1800 et avoir eu (ou avoir encore) cours légal dans leur pays d’émission ; être habituellement vendues à un prix ne dépassant pas de plus de 80 % la valeur de l’or fin qu’elles contiennent. C’est le cas de la grande majorité des pièces d’investissement : Napoléon 20 Francs, Krugerrand, Maple Leaf, Britannia, Philharmonique, American Eagle, etc.
L’argent physique : soumis à 20 % de TVA (avec exceptions)
La situation est radicalement différente pour l’argent. Contrairement à l’or, il n’existe pas de régime d’exonération spécifique pour « l’argent d’investissement ». Par défaut, les lingots et pièces d’argent sont donc assujettis à la TVA au taux normal de 20 %, comme n’importe quel bien de consommation. C’est la différence fiscale majeure entre les deux métaux et un facteur déterminant dans le choix d’investissement.
Il existe toutefois des exceptions importantes :
- Les pièces d’argent ayant cours légal dans leur pays d’émission sont considérées comme des moyens de paiement et non comme des marchandises. À ce titre, elles sont exonérées de TVA. C’est le cas des Maple Leaf argent (Canada), Britannia argent (Royaume-Uni), Philharmonique argent (Autriche), American Eagle argent (États-Unis), Kangourou argent (Australie), etc. C’est pourquoi sur le comparateur Rankor, les pièces d’argent à cours légal sont souvent parmi les offres les plus compétitives en prix par gramme d’argent fin.
- Les lingots d’argent à valeur faciale (comme les lingots Fiji ou Cook Islands) bénéficient également de cette exonération car ils portent un cours légal. Ce sont des produits hybrides — physiquement des lingots, juridiquement des pièces — conçus spécifiquement pour contourner la TVA sur l’argent.
- Le stockage en zone franche hors de l’Union européenne est une autre option proposée par certains courtiers : l’argent est acheté et conservé hors UE (en Suisse par exemple), ce qui évite la TVA. La contrepartie est que vous ne prenez pas livraison physique de votre métal.
2. Fiscalité à la revente : deux régimes au choix
Lors de la revente d’or ou d’argent physique en France, deux régimes fiscaux s’appliquent. Le vendeur peut choisir l’option la plus favorable à sa situation — à condition de remplir certaines conditions.
✖ Due même en cas de perte
✖ Aucun abattement dans le temps
✔ Abattement de 5 %/an, exonération à 22 ans
✖ Facture d’achat nominative indispensable
Option A — La taxe forfaitaire sur les métaux précieux (TMP)
C’est le régime par défaut, prévu à l’article 150 VI du CGI. La TMP s’applique automatiquement lorsque le vendeur ne peut pas justifier de la date et du prix d’acquisition de ses métaux précieux.
Taux : 11,5 % du prix de cession, composé de 11 % d’impôt et 0,5 % de CRDS (Contribution au Remboursement de la Dette Sociale). La taxe est calculée sur l’intégralité du prix de cession, sans tenir compte du prix d’achat ni de la durée de détention.
En pratique, c’est généralement le professionnel acheteur qui collecte la TMP et la reverse au Trésor public. Le vendeur perçoit donc un montant net d’impôt. Si vous vendez sans intermédiaire ni acheteur assujetti à la TVA établi en France (vente à un autre particulier, ou à un commerçant étranger), vous devez remplir vous-même le formulaire n° 2091-SD (CERFA n° 11294) et le déposer dans le mois suivant la cession.
Option B — Le régime des plus-values réelles (TPV)
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2006, le vendeur peut opter pour le régime des plus-values sur biens meubles (article 150 UA du CGI), à condition de pouvoir justifier du prix et de la date d’acquisition par une facture nominative ou tout document probant. C’est le régime le plus avantageux pour les détenteurs de long terme.
Taux en 2026 : 36,2 % sur la plus-value réelle (prix de revente − prix d’achat). Ce taux se décompose en 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %).
L’atout majeur de ce régime est l’abattement de 5 % par an à compter de la troisième année de détention :
Si la revente se solde par une moins-value (prix de revente inférieur au prix d’achat), aucun impôt n’est dû sous le régime des plus-values. C’est un avantage considérable par rapport à la TMP, qui s’applique même en cas de perte.
La déclaration s’effectue via le formulaire n° 2092-SD, à déposer dans le mois de la cession. Là encore, le professionnel acheteur peut s’en charger.
Comment choisir entre TMP et plus-values ?
Le choix dépend de trois facteurs : la durée de détention, le montant de la plus-value, et la capacité à fournir un justificatif d’achat.
| Votre situation | Régime à privilégier | Pourquoi |
|---|---|---|
| Pas de facture d’achat | TMP (imposée) | Situation classique de l’or hérité sans documentation ou acheté à un particulier sans facture. |
| Détention courte (moins de 3 ans), forte plus-value | TMP, souvent | 11,5 % du prix total peut être inférieur à 36,2 % de la plus-value brute. |
| Détention moyenne (3 à 10 ans) | À comparer | L’abattement de 5 % par an commence à réduire significativement l’assiette imposable. |
| Détention longue (plus de 10 ans) | Plus-values | Presque toujours plus avantageux grâce à l’abattement cumulé ; exonération totale au-delà de 22 ans. |
| Vente à perte | Plus-values | Aucun impôt, alors que la TMP s’applique quand même. |
3. Cas particuliers et exonérations
Seuil de 5 000 € pour certains produits
Les bijoux, montres, objets d’art, pièces de collection, pièces ayant cours légal et jetons bénéficient d’une exonération de taxe pour les cessions inférieures à 5 000 €. En dessous de ce seuil, aucune taxe n’est due — ni TMP, ni plus-values. Ce seuil ne s’applique pas aux lingots d’or et d’argent classiques ni aux pièces qui n’ont plus cours légal (comme les Napoléons) : pour ces produits, la TMP s’applique dès le premier euro de cession.
Or et IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière)
Depuis la loi de finances 2018, l’ancien ISF a été remplacé par l’IFI, qui ne porte que sur le patrimoine immobilier. L’or, l’argent et les autres métaux précieux sont donc totalement exclus de l’assiette de l’IFI. Détenir des lingots ou des pièces n’augmente pas votre impôt sur la fortune — un avantage patrimonial significatif pour les gros portefeuilles.
Donation et succession de métaux précieux
Les métaux précieux sont soumis au régime de droit commun des successions et donations. Des abattements existent en fonction du lien de parenté (100 000 € par enfant et par parent, renouvelable tous les 15 ans). La donation se déclare via le formulaire CERFA n° 2735-SD (déclaration de dons manuels), sans nécessité de recourir à un notaire.
Non-résidents fiscaux
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2014, les non-résidents fiscaux français sont exonérés de la taxe forfaitaire de 11,5 % sur leurs cessions et exportations de métaux précieux réalisées en France (article 150 VJ 5° du CGI), sous certaines conditions. En revanche, ils peuvent être imposés dans leur pays de résidence fiscale.
4. Tableau récapitulatif : fiscalité des métaux précieux en France (2026)
| Situation | Régime applicable | Taux | Particularités |
|---|---|---|---|
| Achat d’or d’investissement | TVA | 0 % (exonéré) | Lingots ≥ 1 g pureté ≥ 995‰ ; pièces ≥ 900‰ post-1800 |
| Achat d’argent (lingots classiques) | TVA | 20 % | Non récupérable pour un particulier |
| Achat d’argent (pièces cours légal) | TVA | 0 % (exonéré) | Maple Leaf, Britannia, Philharmonique, Eagle, etc. |
| Revente — sans justificatif | TMP (taxe forfaitaire) | 11,5 % du prix de cession | 11 % taxe + 0,5 % CRDS — dès le 1ᵉʳ euro |
| Revente — avec justificatif | Plus-values réelles | 36,2 % de la plus-value | 19 % + 17,2 % de prélèvements sociaux — abattement 5 %/an dès la 3ᵉ année → exonération à 22 ans |
| Revente bijoux/pièces cours légal < 5 000 € | Exonération | 0 % | Bijoux, montres, jetons, pièces collection/cours légal |
| Détention (IFI) | Hors assiette IFI | 0 % | Depuis 2018, seul le patrimoine immobilier est taxé |
| Donation | Droit commun | Variable | Abattement 100 000 € par enfant / 15 ans |
5. CSG 2026 : pas de hausse pour l’or et l’argent physiques
La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur de nombreux revenus du capital, de 9,2 % à 10,6 % (+1,4 point). Pour ces revenus — dividendes, intérêts, plus-values sur valeurs mobilières, location meublée, etc. — les prélèvements sociaux passent de 17,2 % à 18,6 % et la « flat tax » de 30 % à 31,4 %.
En conséquence, rien ne change en 2026 pour les détenteurs d’or et d’argent physiques :
- le régime des plus-values reste taxé à 36,2 % (19 % + 17,2 %) ;
- la taxe forfaitaire (TMP) reste à 11,5 % ;
- l’abattement de 5 % par an et l’exonération totale après 22 ans sont inchangés.
Correctif : une version précédente de cet article annonçait, comme beaucoup d’autres publications, un taux porté à 37,6 % en 2026. C’était une erreur : la hausse de la CSG vise d’autres revenus du capital, pas les plus-values sur métaux précieux.
6. Cinq conseils pratiques pour optimiser votre fiscalité
Questions fréquentes (FAQ)
Dois-je payer des impôts quand j’achète de l’or en France ?
Non. L’achat d’or d’investissement (lingots, pièces) est exonéré de TVA en France. Aucune autre taxe ne s’applique à l’achat ni à la détention. L’or est également exclu de l’assiette de l’IFI depuis 2018.
Quelle est la différence entre la taxe forfaitaire (TMP) et le régime des plus-values ?
La TMP (11,5 %) s’applique sur le prix de cession, indépendamment du prix d’achat ou de la durée de détention. Le régime des plus-values (36,2 %) ne taxe que le bénéfice réel, avec un abattement de 5 % par an dès la 3ᵉ année menant à l’exonération totale après 22 ans. Ce second régime nécessite une facture d’achat nominative.
L’argent physique est-il soumis à la TVA en France ?
Oui pour les lingots classiques (TVA 20 %). Non pour les pièces d’argent ayant cours légal (Maple Leaf, Britannia, Philharmonique, Eagle, etc.) et les lingots à valeur faciale (Fiji, Cook Islands). En savoir plus sur le lingot argent 100 g.
Au bout de combien de temps l’or est-il totalement défiscalisé ?
Après 22 ans de détention, sous le régime des plus-values réelles, l’abattement cumulé de 5 % par an atteint 100 %. Plus aucun impôt n’est dû sur la revente, quelle que soit la plus-value. Condition : disposer d’un justificatif d’achat.
Que change la hausse de la CSG en 2026 pour les métaux précieux ?
Rien. La CSG reste à 9,2 % sur les plus-values de métaux précieux (IV de l’article L. 136-8 du Code de la sécurité sociale) : le taux global du régime des plus-values demeure à 36,2 %. La TMP (11,5 %) et le mécanisme d’abattement (5 %/an, exonération à 22 ans) sont eux aussi inchangés.
Quel formulaire remplir pour déclarer la vente d’or ?
Formulaire n° 2091-SD pour la taxe forfaitaire, n° 2092-SD pour le régime des plus-values. Le dépôt doit intervenir dans le mois suivant la cession. En pratique, le professionnel acheteur gère souvent ces démarches.
Note : cet article présente la fiscalité en vigueur en France en 2026 à titre informatif. Rankor.fr n’est pas un cabinet de conseil fiscal. Pour votre situation personnelle, consultez un conseiller fiscal ou votre centre des impôts. Sources : Code général des impôts (articles 150 UA, 150 VI à 150 VM, 200 B, 298 sexdecies A), Code de la sécurité sociale (articles L. 136-7 et L. 136-8, IV), Bulletin officiel des finances publiques (BOI-RPPM-PVBMC-20-10, BOI-RPPM-PVBMC-20-20, BOI-TVA-SECT-30-10), loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026.
